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Rentrée littéraire 2015

 

 

IMG_20150822_154522La rentrée, longtemps source de cauchemars et de réveils en sursaut, est aujourd’hui source d’insomnies. Quelques 500 romans à découvrir, une profusion de styles, d’auteurs, d’histoires.

Commençons doucement avec cette sélection: Courir les ombres de Sigolène Vinson; La maladroite d’Alexandre Seurat; Les Amygdales de Gérard Lefort et Profession du père de Sorj Chalandon.

La maladroite, Alexandre Seurat

Les éditions du Rouergue ont fait un pari risqué: choisir d’éditer un seul roman, qui plus est un premier roman, pour la rentrée littéraire. Tout miser sur La maladroite.

La maladroite, c’est une petite fille de 8 ans, couverte de bleus, parce ce que, dit-elle, elle se cogne partout. Dès le départ, on devine ce qui est arrivé à cette fillette, battue par ses parents.

« Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. »

Institutrice, tante, grand-mère, frère, directrice, médecin scolaire, gendarme, pédiatre, voisin, collègue, policier… Tous témoignent successivement de leur incapacité, de leur impuissance à aider cette fillette et à déceler les mensonges des parents, à démêler le vrai du faux dans ce couple charmant, et un père décrit comme un homme très courtois, cordial.

Un texte sans pathos qui parle de la maltraitance infantile, mais surtout qui vous pose la question: « qu’auriez-vous fait? »

Profession du père, Sorj Chalandon

-Profession du père? En 1961, Emile Choulans, 12 ans, ne sait jamais quoi répondre à cette question.

Son père à tout vu, tout vécu. Mythomane, il entraine son fils dans des histoires qui ne sont pas de son âge. Leur mission: aller tuer le général de Gaulle. En participant à cette aventure secrète avec son père, Emile pense y trouver l’affection et la reconnaissance d’un père extrêmement autoritaire et violent.

Toute la sincérité et la sensibilité de Sorj Chalandon sont réunies dans ce roman. L’auteur a attendu le décès de son père pour publier ce roman.

Présentation de l’éditeur: « Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Les amydgales, Gérard Lefort

Roman de l’enfance, « Les amygdales » est le récit d’un petit bonhomme espiègle qui observe son environnement, sa famille bourgeoise, sa maison remplie d’objets.

On est loin du livre de journaliste. Assemblage de scènes cocasses ; successions d’aventures de l’enfance ; description des personnages de la famille – la maman, le papa, les deux frères, et la petite soeur au prénom à la noix, Coco – ; les mésaventures culinaires de la maman ; l’inauguration en grandes pompes de la piscine familiale; le roman de Gérard Lefort est d’une drôlerie rare.

Extrait du chapitre qui donne son nom au roman:

« J’aime être malade pour les raisons habituelles : manquer l’école, se faire chouchouter par la bonne, se faire servir à manger au lit sur un plateau, déménager dans la chambre des deux frères, plus spacieuse et plus confortable que la mienne, avec deux coussins pour caler mon dos, et apercevoir par la fenêtre tout le jardin ; plus loin, la rivière, les champs, la forêt, le remue-ménage du paysage. Mais aussi parce que je me sens bien en cet exil, isolé, à l’index, seul. On dit « en quarantaine ». Une autre façon de jouer ma vie. Alors les météores qui d’ordinaire tourbillonnent autour de mon crâne en une sarabande incompréhensible commencent à s’organiser différemment, à prendre sens. Je n’arrête pas de compter les petites boules de bois qui rehaussent la corniche de l’armoire et je n’arrive jamais au même résultat. Les bergers et les bergères du papier peint sont des dessins animés qui me poursuivent dans mes rêves. Parfois ils font un chahut épouvantable. Avec les fièvres, tout porte un nouveau nom.

Les cinq sens ankylosés, je mijote à ma façon les bruits étouffés de la maison. Le ronronnement lointain de la chaudière à charbon au fin fond de la cave. Elle va exploser. Les chiens dans le chenil et leurs bagarres. Ils vont nous dévorer. La voiture du papa qui ne démarre pas, même au starter. Il va se tuer dans un accident, direct dans un précipice. Les deux frères qui rentrent déjà de l’école – quand on est malade, le temps s’accélère –, jettent leurs vélos contre la clôture du jardin, balancent leurs cartables dans l’entrée, goûtent dans la cuisine, engouffrent plein de tartines comme s’ils n’avaient rien mangé depuis longtemps, je sais à distance l’odeur de la confiture aux abricots. Leurs rires dans la salle de bains quand ils prennent leur douche, et qu’ils ne rient plus du tout maintenant que le chauffe-eau tombe en panne et que le gaz les asphyxie, je me fais des idées noires, j’en parle au docteur Charles, notre docteur qui soigne tout, mais il dit que ce sont des enfantillages tandis qu’il m’étouffe avec une spatule en bois à faire vomir, sous prétexte d’examiner le fond de ma gorge malade. « C’est très enflammé. » Moi, je dirais plutôt qu’un collier d’oursins me serre le kiki. Et que ça fait très mal quand j’avale. »

Rencontre avec Gérard Lefort mercredi 16 septembre, 18h, Librairie & Curiosités.


Courir après les ombres, Sigolène Vinson, éditions Plon, 17.90€

La maladroite, Alexandre Seurat, éditions du Rouergue, 13.80€

Profession du père, Sorj Chalandon, éditions Grasset, 19,00€

Les amygdales, Gérard Lefort, éditions de l’Olivier, 18.50€